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Aurillac

Un peu à la course le garçon, mais promis, Aurillac et les Européennes du goût étaient tellement bien, que je vous racontes en forme de bilan ce que pourrait être Aurillac à l'avenir...

Mardi 21 novembre 2006

 
Michel Guérard lors d'une intervention devant un parterre de cuisiniers étoilés, faisait abondamment référence “au devoir et à la volonté de changement en cuisine”. Il s’était d’ailleurs, de manière ironique, étonné du nom à rallonge et abscons, d’un plat servi dans un restaurant doublement étoilé. Il s’interrogeait de ce que nous pouvions manger derrière cette rafale de vocabulaire. Michel Guérard venait de mettre le doigt sur un des comportements les plus marquant de la cuisine de ce début du XXI siècle ; le mot, le geste, le signe, occultant le propos lui même. Mais qu’est ce que je mange?

Ce questionnement n’est pas nouveau, mais occupe aujourd’hui nombre de discussions. Il y a dix ans, paraissait un texte fondateur consacré à la prédominance du signe sur le sens dans un livre intitulé “l’internationale de l’imaginaire, cultures, nourriture” (Babel éd., 1997). Le titre avait de quoi nous interpeller : “de la glaciation dans la culture en général et dans la cuisine en particulier”. C’est Jean-Paul Aron qui sur l’invitation de l’Université de Toulouse le Mirail présenta cette intervention devant les étudiants de Jean-Pierre Poulain, sociologue et anthropologue de l’alimentation. Ainsi donc, nous vivions des les années 80 une période ou nos expressions avaient tendance à se figer, se bloquer. Jean-Paul Aron nourrissait son constat que le signe, l’aspect prenaient le pas sur le sens. La culture et sa composante cuisine, avec sa caractéristique à couvrir la plus part des champs d’expressions possibles, s’enfermaient dans des systèmes, des mécaniques ou le plus important devenait la posture, pieds au mur, costume remarquable, phrases courtes, mémorisables, comme un slogan, oubliant le sujet même du propos. De quoi je parle, pourquoi j’en parle et comment j’en parle se trouvant occultés, même oubliés, au profit du geste, de la gesticulation modeuse.

Qu’en est il aujourd’hui au regard de ce texte, très théorique et intellectuel, critiquant des systèmes d’analyses universitaires et de cette réflexion d’un des cuisiniers les plus novateurs de La Nouvelle Cuisine. Comment se traduit dans la pratique, ce phénomène depuis longtemps amorcé, ou l’effet de mode occupe de plus en plus l’espace de l’expression culturelle. La presse, bien plus comme un vecteur que comme inventeur, nous en donne depuis longtemps les caractères. Nous avons vu naître nombre de mots, fooding, fusion-food, street-food, nouvelle-nouvelle-cuisine, ..., pour designer toutes tentatives et toutes tendances. Le paroxysme de cette logorrhée étant relevé cet été dans un hebdo féminin : “la fashionista fait son cooking-out”. Mais ne nous y trompons pas, si effectivement, le but est d’occuper le terrain et d’essayer d’exister, ces rafales de mots traduisent certainement la volonté de trouver du sens, voir, un sens. En fait, derrière cette gesticulation, le désir est de découvrir une nouvelle voix et une nouvelle voie, l’absence de sens et le constat de vide provoquant sa recherche effrénée et velléitaire. Dans un fonctionnement simple, d’action-réaction, tous les anglicismes du moment et ce désir de mettre le monde entier dans son assiette sont en partie une réponse au retour sur soi de l’époque de la cuisine de terroir sur-utilisée. Tout était misé sur une seule mécanique, le terroir et la valeur des vrais produits. Par opposition, aujourd’hui le terroir devient mental et même si les produits se veulent toujours exceptionnels, cet exceptionnel se trouve dans le lointain, le rare, et la découverte personnelle. Exactement comme la musique pop se nourri d’un phénomène de balancier avec abandon et retour de tics musicaux, la cuisine pourrait fonctionner de la même manière. Mais le mouvement du balancier va de plus en plus vite, ne laissant plus à la réflexion le temps de s’installer. Ainsi se sont les détails qui prennent le pas sur la sincérité. Tout l’arsenal de l’aspect masquant le sens de l’assiette : son goût. Comme si le restaurant et la cuisine qu’il propose ne pouvait plus s’inscrire sur la durée, mais devaient à tous prix répondre à une gesticulation les faisant exister.

En piochant au hasard dans le dernier guide Gault Millau, nous trouvons assez facilement “faire éclater des bulles, aspirer avec des pailles, boire dans des éprouvettes”. De quoi nous parle-t-on? De signes, du contenant de la cuisine, mais en, aucun cas de son goût et de son sens. Exactement comme Alain Senderens, au lendemain de son rendu de trois étoiles, s’écriait dans un documentaire sur Canal + “mais ce n’est plus l’assiette qui est jugé, mais le marbre des toilettes”. Ainsi par un jeu complexe ou chacun se tient la barbichette, à tous niveaux, jeunes et anciens, nouveaux, modernes et respectueux de la tradition, serviraient avant tout du signe adoubé par la critique. Nous parlerions de moins en moins de ce qui fait pourtant l’essentiel de la cuisine, le souvenir gustatif fugace mais prégnant, c’était bon et ça me rappelle ou ça me fabrique des souvenirs gustatifs. Bien sur il existe des cuisiniers de goût mais tiennent-ils le devant de la scène ?

Il existe des réactions à ces modes si gesticulantes, les critiques s’en font les portes paroles. Lors du colloque de Tours, un chroniqueur de la presse quotidienne demandait aux chefs de quitter l’impasse de la modernité pour revenir aux vrais valeurs de la Cuisine Française. De même, un autre chroniqueur de la presse hebdo s’essayant à la radio, en appel souvent aux valeurs de la famille, la maman réunissant dans une communion autour de la table ses petits et son mari avides de bonne nourriture. Superbe, si ce n’est que de nouveau ils nous parlent de signes et en aucun cas de cuisine. De plus, la modernité permet de mener des expériences, certaines sont des impasses mais d’autres ouvrent de nouveaux horizons, et les mamans d’aujourd’hui travaillent, les familles sont aussi éclatées et recomposées et le temps des repas en communs s’étiolent allègrement.

Cette prise de pouvoir du signe sur le sens est-elle inéluctable ? Certainement pas. Mais le restaurant et sa cuisine change bien plus que nous pourrions l’imaginer. Dans cet affrontement entre signe et sens nous pourrions nous interroger autrement : que représente le restaurant aujourd’hui ? Bien souvent en parlant avec un créateur de restaurant, la définition de cette création tourne autour des notions de lieu et de concept. En fait, faire un restaurant aujourd’hui n’est plus forcément proposer une cuisine, avec sa cohérence et son goût, mais bien proposer un décors, une architecture, un lieu. En cela Alain Senderens se trompe peut être, ce n’est pas gênant de noter le marbre des toilettes, mais s’intéresse-t-on la cuisine ? Nous serions ainsi dans un système de représentation s’opposant au plaisir de bouche. La perception du restaurant s’étant déplacée des papilles aux yeux. En regardant le restaurant sous cet angle, nous percevons bien qu’il est plus facile de parler des chaises, des rideaux ou de l’architecte que de notions plus fugaces liées à l’assiette et son goût. Surtout que le goût et son vecteur la cuisine nourri de savoir et de techniques, capable d’absorber la nouveauté, sont pourtant bien l’âme du restaurant ou du moins du cuisinier ou de la cuisinière. Car la cuisine est certainement plus du à un supplément d’âme qu’à un concept de restaurant.

par eric roux publié dans : Divers
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Commentaires

Je ne suis une spécialiste ni de la plume ni de la cuillère en bois (encore moins en silicone) mais j'aime que les plats racontent une histoire. Bien entendu dans l'assiette ... parfois aussi avec les mots. Je ne peux que recommander à tous vos lecteurs la délicieuse lecture de l'Aide-Mémoire culinaire d'Auguste Escoffier qui vient d'être rééditer chez Flammarion.
On y apprend que les mots en cuisine ont une longue histoire ... Juste pour le plaisir, on découvre que la sardine peut être "antiboise", "bonne femme", "courtisane", "ménagère", "pisane", "toulonnaise" ou encore "vivandière" ... Tout un progamme!
commentaire n° : 1 posté par : eva (site web) le: 21/11/2006 22:33:10
pouvez-vous écrire plus grand, je n'ai pas mes lunettes ! merci
commentaire n° : 2 posté par : rosine (site web) le: 22/11/2006 07:49:16
Pour apprendre à lire sans lunettes, c'est méthode globale ou syllabique?

Je remarque que l'écrit de ce tant attendu dernier texte est d'une qualité que les précédents ne nous avaient pas habitués!!

Formation accélérée ou copié-collé???
commentaire n° : 3 posté par : daniel (site web) le: 22/11/2006 08:42:52
Auriez vous perdu l'habitude de me lire camarade Daniel. Mais l'habitude me fait varier les propos : cuisine / reportage / texte. Retournez voir le texte sur le terroir, camarade.
commentaire n° : 4 posté par : eric r (site web) le: 22/11/2006 08:54:11
contente de te retrouver, et ce texte est en effet fort interessant :)
commentaire n° : 5 posté par : krysalia (site web) le: 22/11/2006 12:33:12
Je n'ai, bien entendu, jamais posé mes fesses dans un resto de Gagnaire, juste lu un de ses menus!!!
Il s'agit bien d'une loghorrée sous couvert de métaphores plus nulles et pauvres en esprit poétique que peuvent l'être ses assiettes en quantité, ni même en qualité...(enfin je me doute!)

S'il était si sûr de son fait, point ne lui serait besoin de noircir du papier pour épater le bo-bo trop friqué...

A l'inverse, si le dit bo-bo avait un minimum de goût, gagnaire n'aurait nul besoin de se croire un créateur de mots, pour l'amener dans son estaminet.

Mais bon, tout ça c'est la vie parisienne branchée, bien relayée par les médias sans âme et sans sens...

J'ai aussi lu qu'au Palais de Tokyo, on faisait aussi référence à Gagnaire! Comme quoi cette cuisine là souffle le même sirocco que l'art contemporain dans les oreilles d'âne du quidam du macadam!

La Forme l'emporte sur le fond, comme le Signe sur le Sens!
commentaire n° : 6 posté par : daniel (site web) le: 23/11/2006 12:26:15
C'est vrai qu'un si grand texte mériterait bien une police un poil plus grande !
Rien à y redire effectivement, la cuisine tend à devenir signe et non plus sens : l'assiette ne contient plus un plat mais un logo sensoriel (visuel, olfactif, gustatif, etc ...) qui conforte une marque. La sensation n'est plus que posture mais cesse d'être émotion.
commentaire n° : 7 posté par : labosonic (site web) le: 24/11/2006 04:16:28
C'est bien joli tout ça, mais c'est quand qu'on passe à table ?
commentaire n° : 8 posté par : frankie (site web) le: 24/11/2006 12:31:08
bah tiens! moi aujourd'hui, j'ai fais des choux farcies! mais avec du choux rouge... ça change... et en glissant quelques lardons fumés dans la farce... comme ça..paf!! cuit au four 3/4 d'heure....  y'en reste si vous voulez...
commentaire n° : 9 posté par : Willy (site web) le: 28/11/2006 14:51:52
T'as pas glissé que des lardons fumés dans ta farce...

T'as aussi laissé trainer des tas de fautes d'orthographe que c'est en pénible de lire de tels commentaires...
commentaire n° : 10 posté par : Le Glaude le: 28/11/2006 21:11:19
désolé.... j'essaierai de faire attention... (euh.... essayer j'ai dis)
 mais je suis pas le seul à pas me relire, apparement...
commentaire n° : 11 posté par : Willy (site web) le: 30/11/2006 14:33:22

Total d'accord avec vous.
On notera au passage que des considérations fondamentales comme l'amer, l'aigre, le croquant, le croustillant, l'astringeance, l'acidulé et autres termes permettant l'analyse gustative ont quasiment disparu de la prose gastronomique moderne. L'intitulé des plats suffit seul à faire rêver. Et le design du décor à attirer les foules. Toujours plus de concept et moins de papille.
Ce qu'il y a de réjouissant dans l'époque, en revanche, c'est la démocratisation croissante de la cuisine, grâce aux blogs en particuliers, qui désacralise gentiment les figures tutélaires de la grand-mère (cuisine domestique) et du chef étoilé (cuisine créative). 

commentaire n° : 12 posté par : Estebe (site web) le: 01/12/2006 09:24:42
en fait je suis d'accord avec les commentaires sur la dimension de la police de caractere
je ne sais pas d'ou cela vient mais les lettres st tres petites quasiment illisible
peut etre le blog est ptimise pour une certaine taille d'ecran

si on pouvait remedier à ceci votre blog serait plus facile à apprecier
commentaire n° : 13 posté par : chaille le: 11/12/2006 19:50:22
On a pu voir Pierre Hermé ce matin sur Canal...

J'aurais aimé qu'il touche un mot sur son ami Éric...
commentaire n° : 14 posté par : daniel (site web) le: 13/12/2006 20:02:37
j'ai perdu une recette, magique, absolument extraordinaire qu'Eric Roux avait donnée un jour de réveillon sur canal+ : le poulet de bresse à la truffe !! quelqu'un peut-il m'aider ou me dire où contacter Eric Roux sachant que son adresse mail ci-jointe n'est pas valable...merci beaucoup ( le dit poulet était associé à une sauce vermouth, ail, truffe....)
commentaire n° : 15 posté par : Agnes le: 17/12/2006 19:12:32
Est-ce que quelqu'un peut nous dire quelle sera la date de l'enterrement?
Ce blog ne vit plus...
commentaire n° : 16 posté par : CERVANTÈS le: 16/01/2007 07:53:23
Bonjour, ça fait un petit moment que je n'étais pas venu vous faire une petit visite et oh surprise : on arrive plus à vous lire tellement c'est petit! Est-ce temporaire? Bonne continuation et bonne cuisine :-)
commentaire n° : 17 posté par : Mahie (site web) le: 16/01/2007 15:58:49
Petite précision : je suis sous Firefox et c'est vraiment illisible, en revanche c'est un tout petit peu plus "gros" sous Internet Explorer... Mais de toutes façons : c'est trop petit :'-(
commentaire n° : 18 posté par : mahie (site web) le: 16/01/2007 16:39:18
Bonsoir,
ce petit message pour vous dire qu'il y a de quoi regretter nous ne sommes pas des anges, l'émission de Pascale Clark est totalement chiquée, et en plus elle plafonne à 200 000 spectateurs! Alors que NSSPDA a été virée parce qu'elle ne dépassait pas les 500 000...
A bientôt et bonne cuisine!
commentaire n° : 19 posté par : egmont labadie (site web) le: 26/01/2007 19:27:31
béatrice gerval (samedi 24 mars 2007)
www.michelguerard-etsafille.com
un beau salaud qui a une fille cachée: béatrice gerval, 27, rue de la vilette, 75019 paris. et qui a détruit la vie de pas mal de personnes pour arriver!!!
www.michelguerard-etsafille.com
commentaire n° : 20 posté par : gerval béatrice (site web) le: 05/04/2007 15:26:10

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